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La poésie de                 Fabrice Cuguen
 

 

Entre ciel et terre
 

J’ai marché dans une forêt de ciel errant
Aussi vigoureux que cet air du nord sans âge
Dont les arbres lèvent les feuilles de nuages
Et ouvrent les voies célestes aux beaux amants.
Mes jambes portaient un message d’aventure
Tandis que l’espace se prenait pour la mer,
Elles volaient les écumes blanches de la terre
Pour les servir à la grâce d’une gravure.
Je marchais donc sur des fourrés de ouate fine,
Subtilement, Le sourire bleu d’idée belle,
Une femme d’ailleurs aux airs de ballerine
Que le vent conduisait loin des statues de sel.
Je l’avais sur mon cœur, immortelle et superbe,
Souvenue de notre rencontre à mon village,
Passante d’un été qui fut à son sillage
Auquel j’appris le verbe de l’azur imberbe.


Marine

 

Au ras des flots lorsque nuit et jour se confondent
Sur les mains éthyliques de maçons des mers,
Un grain peut soudain se dérober du rosaire
De celui qui compte le temps par peur de l’onde.
Ses doigts chevrotants aussi gourds qu’obscurcis
La lune lui prête des intentions cruelles
Qu’il nie toutefois en fouissant de sa truelle
Les cœurs liquides devenus vagues et noircis.
Vacarmes et complaintes brutalisent alors
Les bâtisseurs des temples verts de l’océan
Brassant tel un ciment liquide le phosphore
Qui liait leurs pierres portées par des cormorans.
Sous l’envergure de ces grands seigneur des airs
Ils soulèvent l’eau de leurs forces effritées
Au dernier oeil que des sirènes piaculaires
Essaieront de racheter la témérité.


Bréhat

 

Son nom grince pareil aux gonds de vieille porte
Que les colères de la mer ouvrent et ferment,
Sans relâche, selon l’échouement de son terme
Sur les fonds baptismaux des déferlantes mortes.
Elle paye son abandon aux larges terres,
D’avoir choisi un morcellement si précaire
En ce milieu de la transparence impétueuse,
D’océan rêveur, d’eaux exécrées et furieuses.
Son bailleur est versatile et il fait très peur,
Parfois petite île se repent de l’erreur
De s’être coupé du paternel continent
Mais ses avocats ont des mots rocs et battants.
Elle s’appelle Bréhat et s’impose infime
Devant les armées séculaires des grands flots
Sur le sourire rescapé de cet intime
Où il fait bon penser aux autres en port Clos.

 

 

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