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La poésie de                 Raphlo
 

 

La petite dame qui aimait les fleurs
 

Il est de ces jours de grisaille
que nous donnent le ciel et ses nuages,
que même les cœurs insensibles
aiment errer dans ces jardins de fleurs
où les belles fleurissent même en hiver.
 
Alignées pour mieux se montrer
elles étalaient leur corolle épanouie
sur des rangées pour laisser paraître
ce que la nature fait de plus beau :
les formes, les reflets, les couleurs.
 
Il y avait beaucoup de lumière,
irréelle ou artificielle, peu importe,
les nuances multicolores des belles
apportaient cette féerique atmosphère
que donne le soleil quand il étincelle.
 
Dans cet éblouissant jardin de fleurs
qui aurait pu égayer une regard triste
Il y avait une petite dame toute courbée
par tant de temps qui sur ses épaules
trop souvent, était venu se poser.
 
Comme moi, elle regardait les fleurs
en soulevant les petits pots bruns.
Elle cherchait sûrement la plus belle,
un ensemble de couleurs et de parfums,
de ceux qui enivrent quelques secondes
 
Le temps d’un court moment de souvenirs
qui donnaient à ses yeux, sans le savoir
le brillant reflet des perles qui pétillent.
Sans rien dire, je pouvais  tout imaginer
tout ce qui constituait son histoire, sa vie.
 
Elle ne voyait pas mon regard posé sur elle,
c’est dommage, elle aurait été moins seule ;
On cache si mal ce que contient le cœur.
Mais rien ne pouvait  distraire son intimité,
son petit monde, les lumières de ses yeux.
 
Les fleurs qu’elle regardait avec tendresse
donnaient à son visage fatigué mais si doux
les reflets roses d’une lointaine jeunesse
qui avait aujourd’hui si peu d’importance.
Il n’y avait de place que pour ses souvenirs
 
Elle s’affairait encore en regards et caresses
pour découvrir les plus belles corolles
et des sourires pour refleurir un jardin
qui ressemblait à un petit enclos fermé,
là où on cache un secret, l’histoire d’une vie.
 
Ce jardin d’amour devait être son cœur.
Je pouvais imaginer le jardin de ses yeux:
peut- être le coin d’une cheminée en marbre
que garnissait un napperon qu’elle avait brodé,
un doux revêtement en soie si souvent touché
 
qu’il en était un peu usé par tant de caresses.
Il était le support d’un petit vase en porcelaine,
orné de fleurs bleues et de fins liserés dorés.
Il devait avoir l’âge de ses beaux souvenirs
et avait dû voir s’épanouir les plus belles fleurs.
 
C’était des sourires ! en forme de corolles
pour des photos un peu jaunies dans un cadre.
Tout était là, sur si peu de place : tant de vie !
 disposé comme il le faut, rien devant ni derrière
on pouvait tout voir : il y avait de la lumière.
 
C’est dans ce décor gorgé d’intimisme
que fleurissent encore tous ses amours
qui donnent à chaque jour qui se lève
la force  de poursuivre, encore un peu,
pour que rien ne s’en aille, pas encore.
 
Elle entourait cette scène, son seul trésor,
de ses bras, comme un ruban de velours.
Cela ressemblait à un tendre petit bagage,
le plus précieux, le seul que l’on emporte
lors du dernier grand voyage.
 
Avec mes fleurs, je me suis éloigné sans  bruit;
Je ne voulais pas la déranger dans ses rêves.
Mais en la croisant, elle a regardé mes fleurs :
elles sont si belles ! comme le soleil me dit-elle,
elles nous aident à vivre même dans la douleur.
 
Certaines sont des compagnes très fidèles,
d’autres sont très belles quand le jour se lève,
elles ne parlent pas mais leur corolle s’ouvre;
 il ne faut pas de mots pour donner un sourire
ou se blottir  dans le coin  de nos souvenirs.
 
Elle m’a regardé sans me quitter des yeux,
elle voulait savoir si j’aimais vraiment les fleurs.
Je lui  répondis : je les aime comme  vous !
Dans notre belle maison il y en a partout
 chez nous il y a aussi des cadres et des photos.
 
Ce sont les photos d’un ange, il est toujours là
dans notre tête dans nos yeux et dans nos cœurs.
Les images qui sont partout dans notre maison
voisinent nos compagnes fidèles, c’est de la vie !
C’est ainsi que passent nos jours et  nos nuits.
 
L’hiver ou l’été, notre maison est un jardin de fleurs;
Elles sont d’ici ou de ces pays où elles fleurissent
Tous les jours, et même pendant les nuits sans lune,
Quand il n’y a que le léger bruit du vent qui joue
Sur des pétales qui s’ouvrent pour accueillir le jour.
 
Elle me regardait encore avec des mots dans les yeux :
Vous aimez vraiment les fleurs, autant que je les aime.
Vous en parlez comme on parle d’amour à un ange
Mais vivez ! vivez encore,  vous n’avez rien perdu.
Croyez ce que je dis ! on ne perd que ce que l’on oublie.
 
Avec ses fleurs qu’elle tenait doucement dans sa main
 comme un enfant que l’on caresse pour un regard,
elle est partie en me laissant un peu d’un certain sourire.
C’était comme un cadeau que l’on garde toute une vie.
Il me rappelait tellement de choses, il y a si longtemps…
 
Je n’ai plus revu la petite dame qui aimait les fleurs
mais ces mots qu’elle disait avec ses dernières forces
comme une prière que l’on dit avec des larmes    
pour qu’elle soit exaucée nous entourent chaque jour
quand on cherche encore ce que nous n’avons pas perdu.
 
Sur la cheminée ornée d’un joli napperon en soie,
Il n’y a plus de fleur dans le petit vase en porcelaine
Et le petit bagage entouré d’un ruban de velours est parti
Mais il reste le souvenir d’une grande Dame qui aimait les fleurs
.


Lumière la belle !

 

Dites-moi tout de la lumière,
Celle qui berce, qui est douce,
Qui accompagne le soir et sa prière
Quand s'endort l'enfant qui se couche.
Ou celle du matin qui réveille la vie,
Qui montre à peine les premières choses
Que l'on devine, qui donne cette envie
De la figer quand devant nos yeux elle se pose.
Si peu transparente, au travers de la brume,
Elle donne la liberté d'imaginer que la réalité
Est de belles scènes qu'on dessine à la plume,
Ce sont nos rêves qui se profilent à notre gré.
Faisceau de lumière ou magicienne de la nuit,
Elle transforme l'imaginaire aux lignes floues
En silhouettes finement définies d'un liseré qui luit,
Avec lequel la reine du jour sculpte, façonne ou joue
Majestueuse, il faut savoir l'écouter, la regarder
Quand elle transforme la morosité d'un soir
En éclaboussure de rayons pétillants comme l'été
Où les ombres jalouses s'enfuient sans un au revoir.
Discrète quand il le faut, si un coeur pleure,
Elle distille ses reflets comme des caresses
Qui épousent telles un calque, le dessin des fleurs,
Ses perles de rosée ou ses larmes de tendresse.
Pardonnez-moi si je parle encore de cette lumière
Pour dire ses couleurs et ses courbures temporelles
Quand perles de pluies et rayons d'or offrent à la terre
La mouvante fresque magique d'un arc-en-ciel.
Dans le creux d'un val bordé de frondaisons denses
Elle s'infiltre, débusque, et transforme en émeraude
Une simple feuille dont le vert sombre sans nuance
Pouvait dans un autre destin ne jamais découvrir l'aube.
Que foisonne encore la lumière sur le chemin de l'ombre,
On y découvre délicates comme des rubis précieux,
Les compagnes du promeneur au regard sombre.
Dociles jupes roses, elles le guident sur les chemins sinueux
Des flancs rocheux de nos montagnes ombragées.
Minuscules reflets de lumière ou calices de porcelaine,
Les cyclamens naissent où reposent les feuilles mordorées
Qu'un automne a volé sur les ramures d'un frêne ou d'un chêne.
Il faut le redire, c'était presque un soir d'été,
Où l'on attend que dure encore le clair et l'obscur.
Effrontée, une feuille mouvante, esseulée, faisait miroiter
Les derniers faisceaux roses posés sur l'horizon azur.
Transparente comme un tulle sur de fragiles nervures
Bordées d'un liseré de dentelle de Burano la belle,
La feuille et la lumière semblaient vivre une aventure,
Une histoire d'amour, courte comme l'éclat d'une étincelle.
Trop brève vision de réel quand il cesse d'être que banalité.
Aveugles, on se tourne déjà vers demain alors qu'aujourd'hui
Nous avons croisé mille fois le bonheur sans le regarder,
Sans s'étonner d'un petit quelque chose qui est passé, sans bruit.
Laissez-moi encore vous dire cette lumière qu'il faut voir
Quand elle s'enfuit sous la voûte, entre la terre et le ciel.
Par pudeur, elle tire une voilure et se pare de son habit du soir,
C'est une polychromie d'automne que nous offre l'éternel.
Assemblage divin d'esquisse de lignes et de lumière,
Le peintre à genoux ne quitte plus d'un regard
La scène qui s'étale comme les fresques des lieux de prière.
Il n'a d'yeux que pour celle qui danse sur un fil entre le rouge et le noir
Jamais, pinceau, palette ou main magique d'un maître
Ne pourront copier ce qui se voit qu'une seule fois.
Si sa mémoire en garde une image, il la cachera peut-être
Dans une boîte à trésors comme il y en avait autrefois.
Parle encore, lumière si belle, source de vie, de joie.
Dis tout ce que tu sais de ton éclat quand il éblouit
Notre coeur, quand il est dans le noir ou qu'il a froid.
C'est une lumière si blanche que le jour dure même la nuit.
Partir, quitter l'ombre, la nuit et la peur du noir.
Attendre le jour pour revoir la lumière mon amie
Qui me parle, qui me montre ce que je dois voir
Et cache à l'ombre d'un nuage le mal de la vie.
Dis-moi doucement pour rendre à nos yeux un sourire,
Que là où tu habites derrière la voûte du grand ciel bleu,
Tout est si beau! Comme un paradis qu'on ne peut décrire.
Un enchevêtrement de rêves que l'on croyait présomptueux.
A tout, à toi qui apparaît après le brouillard et le noir
Qui nous rappelle des souvenirs quand enfin naît le jour
Qui réveille la mémoire, avec ses contes et ses histoires,
Que nous avons vécues chaque jour avec force et amour.
Serais-tu, lumière ma belle, source de vie éternelle ?
Ou serais-tu celle qui nous rappelle que rien n'existe
Sans le reflet des choses qui se profilent entre le visuel
Et l'irréel, c'est peut-être en cela que la vie consiste.
On croit être alors que nous ne sommes déjà que des souvenirs.

 

 

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